ARTHAG

Lors d’une longue marche de 3 mois sur les sentiers de randonnée entre la France et l’Espagne, j’ai vécu une expérience physique et introspective qui a marqué mon regard sur les paysages qui m’entouraient. Les photographies que j’ai prises durant ce voyage créent un rapport intime au paysage que j’ai souhaité transposer dans la création d’un livre photo en 3 volets.Imprimés en noir et blanc sur du papier calque, ces paysages fantomatiques plongent le lecteur dans un univers à la frontière entre réalité et fiction.

ArthaG, livre photo auto-édité, impression noir et blanc sur papier calque, 2020.


PREFACE

Tirées d’une longue marche vers l’Espagne, les trois séries photographiques de Sophie Deschamp composant ArthaG sont de véritables livres-objets qui créent un rapport intime au paysage. Lorsque nous tournons les pages, nous plongeons dans un univers à la frontière entre fiction et réalité. Tantôt, réels, tantôt imaginaires ces paysages en noir et blanc troublent notre regard car ils se présentent en images miniaturisées, décontextualisées, sans localisations précises. Ces hétérotopies s’apparentent à une narration dans laquelle nous découvrons l’histoire d’un voyage où les personnages se font rares. Quelques éléments architecturaux nous rappellent par leur apparition discrète et parfois abstraite les photographies de Talbot au début du XIX siècle à l’instar du photogenic drawing d’une fenêtre à Lacock Abbey réalisée en 1835. Ici, en reprenant les termes d’Augustin Berque, « plusieurs échelles spatio-temporelles différentes, se conjuguent en une seule expérience paysagère qui devient singulière pour chacun ». Volontairement, Sophie Deschamp brouille la réalité des paysages à travers des calques qu’elle joint délicatement aux photographies en renversant leur perception réelle. Deux couches superposées créent ainsi des visions fantomatiques qui par effet de flou et de transparences contredisent la description précise des paysages en les transformant. Symboliques, les formes géométriques présentes sur la couverture de ces livres-objets nous immergent déjà dans l’idée d’une perception particulière du paysage, ce dernier étant à fois réel et toujours autres chose.

Alessia Nizovtseva